Votre avis sur "L'Avventura - …"
Naissance d'un cinéaste

Présenté à Cannes en 1960, le film fut hué, les spectateurs s'étant sentis doublement floués par ce film-impasse sans explication et ce nouveau genre de narration complètement déroutant, fait de regards, de codes, de temps morts, de silences, d'élans et d'étouffements intérieurs. Heureusement, les plus grands cinéastes de l'époque soutinrent leur collègue et permirent au film d'être pris pour ce qu'il était : une nouvelle page dans l'histoire du langage cinématographique. Un artiste venait de naître.
L'Avventura, c'est d'abord une disparition, l'une des plus fascinantes de mémoire de bobine : celle d'une femme, qui était au départ la seule raison d'être du film, liée à tous les autres (père, amant, meilleure amie...) Puis Antonioni l'enlève, sans explication, sans raison, sans rien du tout en fait. Envolée. Envolée comme pourraient l'être les lois qui rendent un univers cohérent, le remettant ainsi au hasard du chaos et au vertige de l'autodétermination. Cette absence, paradoxalement, devient une présence : présence dans la tête des nouveaux amants, qui ne savent plus s'ils doivent composer avec la persistance de la mémoire ou de l'oubli ; présence obsédante, vertigineuse, dicible ou non, pour ceux qui cherchèrent leur amie et trouvèrent l'amour. Présence pour le film même, puisqu'elle le lance et devient sa nouvelle raison d'être.
Kaléidscope infini, film-concept en même temps que passionné et passionnant, L'Avventura marque bel et bien la naissance d'un nouveau cinéaste au sens le plus total du terme.
