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Votre avis sur "Blood and Bones"

C'est de l'enfer que nait le paardis, et pas l'inverse

Blood and Bones

Au Japon, la communauté coréenne vit la guerre et l'après guerre dans la violence ambiante comme si cette violence était naturelle, faisait partie du décor, de l'ordre divin et eternel. Mais le film montre plus que cela. Il montre comment la violence de l'expatriation, la violence de la vie de guerre et de survivance dans la souffrance, sans compter la violence matrimoniale, familiale, parentale, paternelle, et bien d'autres encore, comment cette violence produit un rêve de compensation de la frustration et de l'aliénation et comment ce rêve se réalise dans Mao Tse Toung et le mythe qu'il introduit dans les esprits des opprimés de toujours. Et ces Coréens expatriés rêvent de retour au pays et bien sûr pas du côté de l'occupation américaine, mais du côté de la libération intégrale, absolue, totale, la libération par Kim il Sung, et donc au nord. Cela semble normal, naturel, même culturel et pourtant ce n'est qu'une compensation de l'horreur de la violence d'un monde et d'un père et de qui vous voulez sur des enfants opprimés jusqu'à souhaiter la mort de leur propre père, jusqu'à rejeter ce père à sa dernière heure malgré la fortune qu'il a amassée et qu'il offrira dans un dernier acte de rébellion contre le monde à la Corée du Nord où il mourra abandonné de tous, mais certainement pas oublié de qui que ce soit qui lui aura survécu. C'est cet enchaînement de la violence et de la frustration et son articulation sur l'engagement politique qui pose problème et révèle qu'en définitive l'engagement politique devient alors une aliénation supplémentaire qui mentalement compense la frustration sociale et familiale. C'est d'une force brutale. Cela n'a aucune raison raisonnable. Cela ne relève en aucune façon d'une justification ou d'une motivation vraiment philosophique. Ce n'est que la réponse du berger politique à la bergère de la violence quotidienne. La question soulevée alors est de savoir si cela n'est pas une remarque universelle et si les révolutions ne sont pas toujours et partout faites par des hommes et des femmes profondément motivés par des raisons purement personnelles, des frustrations incontrôlables, des haines et des ressentiments si profonds que les gorges du Tarn ne sont qu'une égratignure à la surface des choses. Mais alors que reste-t-il pour changer le monde si le rêve de justice sociale n'est qu'une revanche pour ne pas dire vengeance sur l'horreur de la vie des opprimés ? Le progrès humain ne viendrait-il que de l'irrationnel des passions obscures de l'homme ? A chacun sa réponse mais le film est admirablement optimiste dans ce pessimisme même car il semble croire que le progrès émerge toujours de cette horreur vitale, le bien vient du mal subi, le mieux vient du pire imposé. Mais cela veut-il dire que la Corée un jour sera réunifiée et que le Nord deviendra un paradis sur terre sans effusion supplémentaire de sang ? Bien futé est celui qui peut répondre à cette question.



Dr Jacques COULARDEAU, Université Paris Dauphine, Université Paris 1 Panthéon Sorbonne & Université Versailles Saint Quentin en Yvelines