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Votre avis sur "Blow-Up"

Photo, ego, brio

Blow-Up

Le "pitch" est connu: en agrandissant une photo, le héros croit y distinguer un meurtre.


Mais cette scène n'arrive qu'après une heure de film et c'est le moment où le très narcissique photographe incarné avec talent par David Hemmings passe "de l'autre côté du miroir".


Jusqu'alors, on l'a suivi dans le swinging London des sixties, exerçant son activité avec un détachement proche d'une certaine morgue aristocratique. Son métier et sa vie ne font qu'un: il n'est alternativement que spectateur ou metteur en scène mais jamais il ne s'implique.


Sa série de photos dans un refuge pour sans-abri n'a aucun "objectif" de dénonciation sociale. C'est seulement une façon d'esthétiser le réel en vue d'un livre, tout comme les fameux clichés dans le parc. Mais, cette fois-ci, un de ses sujets vient le prendre à parti et, là, tout bascule.


Antonioni enferme ses personnages dans des cadres multiples: embrasure de porte, ruelle étroite, portail, loft du photographe avec ses panneaux coulissants et ses combles aménagés. Le parc étant le seul espace (physique et mental) sans limites apparentes.


Il nous offre aussi un superbe document sur l'effervescence du Londres de 1966.


La musique est mémorable mais utilisée avec parcimonie et, toujours, sa présence ou son absence fait sens: le quasi onirique concert des Yardbirds (les connaisseurs apprécieront de les voir dans l'éphémère formation Beck/Page), les photos dans le calme trompeur du parc.


Il y a tout de même un côté "arty" qui peut atténuer la portée du propos, genre "Regardez comme je suis un bon metteur en scène, original et intellectuel". Mais, évidemment, si Antonioni a si bien su saisir l'essence de ce milieu artistique mais souvent superficiel, c'est qu'il en faisait partie!


Une mémorable scène sur un terrain de tennis conclut avec brio ce classique où le fond se confond avec la forme.