Votre avis sur "Das Rheingold …"
Vision futuriste assez consensuelle

Je n'avais entendu que du bien de cette vision futuriste et ô combien inédite de Kupfer. Je me suis donc résolu à combler ce manque, pour tout bon wagnérien qui se respecte, en visionnant ce fameux prologue. J'ai été quelque peu déçu.
Je m'explique : L'utilisation du laser, comme lors de la première scène ou les filles du Rhin semblent nager, disparaître, puis réapparaître est une excellente trouvaille au point de vue visuel. Ces lasers, dessinants une sorte de perspective d'où s'échappe vers le fond une fumée inquiétante (moins kitsch que celle de Chéreau), donne une agréable impression d'infini. Les filles du Rhin, quant à elles, ressemblent un peu à des danseuses de cabaret ringard, vaguement soixante-huitarde. Les chorégraphies ne sont pas toujours très gracieuses (par contre vocalement, elles sont excellentes) et leurs petits jeux accompagnés d'Alberich se veulent un peu téléphonés. Nous en venons à attendre un peu de violence dans leurs rapports ! Raté, cela reste assez bon enfant.
Les Dieux sont assez bien interprétés, mis à part, là aussi, leurs costumes kitchissime à la limite du « power flower », guirlandes de feuilles en plastoc en guise de boa autour du cou, valise en simili verre et marteau géant du même acabit.
On a vu plus altier. Par contre Freia (Johansson, la Brünnhilde de la version Rattle) est charmante : blonde, le visage angélique assorti d'une innocente petite frange ; voici une interprétation qui parvient à expliquer l'attirance quasi érotique qu'elle exerce sur Fasolt (Hölle).
Niveau interprétation, jeu d'acteur, vocalement aussi, le Loge de Clark survole ce prologue de son charisme ambigue, à la limite de l'androgyne, cheveux bond platine assortis d'une petite queue de cheval et surtout d'une étonnante banane de rocker.
Le moment ou il exécute quelques pas de gymnastique tandis que Wotan cherche par tous les moyens de lui extorquer une solution à son problème se veut savoureux. Ce Clark est un cas, et très honnêtement on ne voit que lui. Sûrement le meilleur Loge de toute la discographie (le Windgassen de 1966 est également savoureux de causticité). Les géants sont grands ( !) avec des têtes minuscules, un peu statique avec de grands bras dont ils ne savent que faire.
Scéniquement, la dernière scène n'est pas très inventive et conclue ce prologue en faisant monter les Dieux dans une sorte d'ascenseur diodé ressemblant un peu à une soucoupe volante, tandis que pleure - timidement - les filles du Rhin.
Je n'ai évidemment pas mentionné toutes les scènes de L'Or du Rhin, accompagnées certaines fois d'excellente innovation visuelle (l'antre des Nibelungen), mais la vision d'ensemble qui perdure une fois le DVD arrêté, est une impression mitigée, comme si Kupfer s'était malencontreusement bridé. On aurait aimé qui aille au bout de sa vision, quitte à choquer, avec un parti pris affirmé qu'on n'aurait pu nullement lui reprocher (loin, cependant, de la débile version de Stuttgart). Par rapport aux critiques dithyrambiques concernants sa vision « d'une extrême noirceur, futuriste avant l'heure » (il est de bon ton de louer le génie de cette version...), je trouve cela un peu sage, voire un peu d'ennuyeux.
Vocalement, cette version est assez homogène, avec une mention spéciale pour l'incroyable Clark ; Erda (Svendén), tout en finesse et en émotion, est également très agréable à écouter. Wotan (Tomlinson), ne fait pas toujours dans la dentelle, mais est emprunt d'une vaillance qu'on lui reconnaîtra. Mime (Pampuch) un peu transparent (visuellement raté), tandis qu'Alberich est campé intelligemment par un von Kannen au mieux de sa forme.
Concernant la direction, et pour faire vite, on ne peut dire que Barenboïm use d'une finesse que d'autre ont élevé au rang d'oeuvre d'art (le travail du tissu orchestral de la version Karajan est incroyable). C'est un peu bourrin, littéral, sans arrière plan quelques fois franchement bienvenu, mais ça marche.
Pour conclure, la vision de Kupfer (concernant L'Or du Rhin) n'est plus, en ce début de XXI e siècles, guère innovante (au fond, y a t-il un message ?), mais vieillis cependant mieux que la version Chéreau, plus lourde politiquement, donc plus en proie au revers d'une mode éphémère.
Et puis il y a Clark, au fond, un des seuls argument de vente valable...
- Richard Wagner : La Walkyrie
- Richard Wagner : Le crépuscule des Dieux
- Siegfried
- Maria Callas : L'Intégrale des enregistrements Studio 1949-1969 (Coffret 70 CD)
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