Votre avis sur "Richard Wagner : …"
Liebesgruss...

Tout d'abord, le moins bon, les voix. On est loin sans doute de l'âge d'or wagnérien. Levine au Met a mieux: ce sera bien le seul compliment que je ferai à la version du Met...
Pour le reste, révélation.
Certains diront que la version "engagée" de Boulez-Chéreau, avec ses indéniables partis-pris, n'est pas la meilleure manière d'aborder le "Ring" en général et "LOr du Rhin" en particulier et préfèreront conseiller le "Met".
Personnellement, je n'en crois rien. Car ici tout est habité et rendu présent dans l'urgence du théâtre: n'oublions pas que Wagner ne voulait pas être simple compositeur mais en quelque sorte dramaturge-démiurge.
La faiblesse des voix est largement compensée -dans cette "première journée" sans doute aucun- par l'engagement que chaque chanteur, sous la férule de Chéreau, met à incarner, jusque dans la douleur physique, son personnage (l'Anneau arraché à la chair même d'Alberich, le vieillissement des dieux visible sur le corps des chanteurs devenus soudain caduques, le cortège des dieux trébuchant comme aveuglés par leur propre splendeur mensongère...)
Wagner poursuivait l'ambition de la fusion de tous les arts.
Ici, nous y sommes: le jeu des chanteurs (les quasi-danses du Loge époustouflant de Zednik notamment)le poids des décors, le jeu des lumières, la mise en œuvre de la partition (comme "dégonflée" et rendue à ses aspérités et chatoiements -le feu !-)tout contribue au "spectacle d'art total".
Wagner ne transigea jamais avec son ambition artistique: dans leur liberté d'artistes, ces quatre là -Boulez-Chéreau-Schmidt-Peduzzi- lui rendent pleinement justice.
Si vous ne deviez ne voir qu'une seule version de la "Tétralogie", que ce soit celle là.
- Pierre Boulez : Gotterdammerung (le crepuscule des dieux)
- Pierre Boulez : Die walkure (la walkyrie)
- Richard Wagner : L'Or du Rhin
- Pierre Boulez : Siegfried
- Tosca
