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Votre avis sur "Shining [HD DVD]"

L'ODYSSEE DE LA FOLIE

Shining [HD DVD]

SHINNING est sans doute le film de Stanley Kubrick le plus abordable, c'est celui qui a le mieux marché au box office. Il a d'ailleurs bien renfloué les caisses de la Warner. C'est donc le succès public de Kubrick, et voulu comme tel, puisque le metteur en scène avait souhaité réaliser un grand film populaire, un film de genre, un film qui ferait trembler les spectateurs.



SHINNING s'appuie sur une trame dramatique très simple : Jake, un écrivain, accepte de s'isoler dans un hotel désert, en pleine hiver, pour y retrouver l'inspiration. Il y emmène femme et enfant. Chacun se retrouvera face à ses angoisses, son inconscient, ses fantasmes...



Le générique nous montre très astucieusement, vu d'hélicoptère, la voiture de la famille serpenter dans la montagne jusqu'à l'hotel. En découvrant ce paysage, le spectateur comprend de suite la difficulté qu'il y aura à en repartir, en cas de tempête de neige... Et puis quelque chose cloche à l'écran, un truc bizarre... regardez bien : le générique se déroule à l'envers ! Le film est un long compte à rebours. Des intertitres décomptent les mois, puis le jours, puis les heures, enfin les minutes qui nous séparent du dénouement. Le carcan se resserre... Diabolique ! Une fois les premières scènes d'exposition passées, mais loin d'être anodines, Kubrick va nous distiler sa science de la mise en scène, où chaque détail sera calculé pour amener le spectateur vers l'horreur.



L'utilisation du décor est primordial. Kubrick y promène sa caméra de manière rectiligne, il affectionne la symétrie des éléments, pour mieux faire ressortir le dérèglement des personnages. Ces longs couloirs vides et silencieux parcourrus en travelling par la caméra, sont comme le réseau de neurones de notre subsconcient. Pour cela Kubrick avait commander une caméra spéciale, que l'opérateur tenait grâce à un harnais. Elle permattait de réaliser des travellings sans rails, très fluides. On la connait maintenant sous le nom de SteadyCam ! Cette caméra s'immice partout, comme un serpent venimeux dans tous les recoins de l'hotel. Que se cache-t-il derrière ces portes de chambre ? L'hotel est-il vraiment vide ? Le film bascule dans le fantasmatique, l'irréel, et Kubrick parvient à nous faire douter. Jake est-il paranoïque, schizo, le fils Danny est-il perturbé, affabulateur ? Qu'est ce qui est vrai, qu'est ce qui est faux, qu'est ce qui est inventé ? La scène dans la salle de bal, au bar, est tout à fait remarquable sur ce point. Kubrick nous montre des personnages qui n'existent pas, et pourtant auxquels on croit, car il a réussi à nous faire épouser le point de vue de Jake. Tout est déréglé, et pourtant, tout nous semble normal. Kubrick parvient à nous faire adhérer à un point de vue, que l'on sait ne pas pouvoir être le bon ! Diabolique !



Une fois le spectateur définitivement perturbé, Kubrick passe la vitesse supérieure, et nous assène des morceaux de bravoure à couper le souffle. Jake et Wendy à cran, dans un escalier, batte de base ball à la main, Jake défonçant la porte de salle de bain à la hache, en chantant "little pigs, let me go in !" ("petits cochons, laissez-moi entrer"), il y a les ascensseurs s'ouvrant sur les hectolitres de sang, où les jumelles croisées au détour d'un couloir, la chambre 237... autant d'images terrifiantes qui nous restent à jamais en mémoire, traumatisantes. Elles ont été conçues pour nous hanter. Kubrick veut nous emmener sur les rives de la folie, dans une spirale infernale, vers l'épouvante. Le point culminant étant la célébrissime scène du labyrinthe végétal (construit pour l'ocassion) avec ce travelling descendant incroyable, et encore une fois, l'utilisation judicieuse de la SteadyCam. Quant à ce qui se passe dans ce labyrinthe, je ne vous en dirais rien...



Avec SHINNING, Kubrick réalise encore une fois un film définitif, surpassant tout ce qui avait été fait avant. C'est un film ludique, qui joue avec nos nerfs, servi par un trio d'acteurs formidables : Jake Nicholson est au sommet de son art, il ne fera ensuite que refaire et s'auto-caricaturer, Shelley Duval est boulverssante, traumatisée réellement par un metteur en scène qui la poussait à bout de nerf pour obtenir un résultat à l'écran. Pas très galant, mais diabolique ! Le dénouement énigmatique soulèvera beaucoup de questions, presqu'autant que "2001", et nous forcant à revoir tout le film sous un autre angle. Comme un certain "Mulholland Drive" (D.Lynch) autre labyrinthe cérébral et génial, dont on ne peut pas nier la filiation.



SHINNING démontre une fois de plus la maîtrise totale et le génie de Kubrick en matière de mise en scène. C'est une odyssée intérieure, un voyage vers la folie et dans le sang, dont les images vous hanteront longtemps après son générique. Diabolique !